22 octobre 2026

HANDICAP ET EMPLOI EN CÔTE D’IVOIRE : 400 PLACES, MAIS L’INCLUSION RESTE UN COMBAT

Alors qu’un recrutement de 400 personnes en situation de handicap est annoncé en Côte d’Ivoire, les obstacles à l’insertion professionnelle persistent. Au siège de l’ONG Save the Blinds, à Abidjan, trois acteurs associatifs témoignent des discriminations, du manque d’accompagnement et des difficultés rencontrées sur le marché du travail.

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Roger BLÉOUÉ, président de l’ONG «Save the Blinds» et vice-président de la FACI, engagé pour l’inclusion socioprofessionnelle des personnes en situation de handicap en Côte d’Ivoire. Crédit photo : © HUB 24 — Guy Irié

HANDICAP ET EMPLOI EN CÔTE D’IVOIRE : 400 PLACES, MAIS L’INCLUSION RESTE UN COMBAT

Un recrutement de 400 places est en cours en Côte d’Ivoire. Mais au siège de l’ONG «Save the Blinds», au Plateau, trois acteurs associatifs racontent les obstacles qui persistent : doutes sur les compétences, absence de suivi, double discrimination des femmes handicapées. L’inclusion reste un combat.

Il est 17 heures Au Plateau, non loin de la Caistab, côté visiteurs, le siège de l’ONG «Save the Blinds» ne désemplit pas. Dans la cour, des fauteuils roulants patientent à l’ombre. Dans le hall, des cannes blanches longent les murs et les voix des non-voyants se croisent amicalement. Parfois même, ils se serrent les mains. Ce soir-là, le cadre légal et l’employabilité des personnes en situation de handicap sont au cœur des échanges. Dans la salle de conférence, trois interlocuteurs nous attendent.

BEAUCOUP RESTE ENCORE A FAIRE

Non-voyant, président de l’ONG «Save the Blinds» et vice-président de la FACI, Roger Bléoué ouvre l’entretien. Debout, la voix posée, il rappelle les dispositions légales et salue les efforts de l’État. C’est lui qui nous dévoile qu’un recrutement de 400 places est en cours en Côte d’Ivoire. «L’État de Côte d’Ivoire fait déjà beaucoup, mais beaucoup reste encore à faire», déclare-t-il. Pour lui, cette opération est une aubaine. Mais il refuse de s’en tenir aux annonces : sans moyens, sans suivi, sans volonté politique ferme, l’inclusion restera théorique.

PROUVER SANS CESSE

À ses côtés, Zaté Gueyoun Anderson, animateur à Radio Yopougon et membre de l’ANAVEPACI, écoute. Assis, canne en main, lui aussi est non-voyant. Il raconte son parcours : «J’ai d’abord été recruté à l’Éducation nationale avant de rejoindre Radio Yopougon. Ce parcours n’a pas été facile, car il m’a fallu sans cesse prouver que mon handicap ne limitait ni mes compétences ni ma voix.» Sur le terrain comme à l’antenne, les doutes l’accompagnent. «Même quand je fais mes preuves, certains continuent de douter de moi. C’est épuisant à la longue», regrette-t-il. Son expérience dévoile une réalité complexe : la compétence des travailleurs handicapés est souvent contestée avant même d’être évaluée.

SANS ACCOMPAGNEMENT, BEAUCOUP RESTENT AU BORD DE LA ROUTE

Au fond de la salle, Aka Brou Joanna, femme en situation de handicap moteur, membre de l’Union Nationale des Femmes Handicapées de Côte d’Ivoire (UNAFEHCI), canne en main, prend la parole. Elle plaide pour la création d’un fonds destiné aux femmes handicapées vulnérables. « Sans accompagnement, beaucoup de femmes sans diplôme restent au bord de la route », alerte-t-elle. Elle milite pour ces femmes qu’elle considère doublement vulnérables : femmes et handicapées. Pour elle, l’employabilité ne se décrète pas. Elle se construit avec des formations, un suivi social et un accès réel aux opportunités.

DES DROITS SUR LE PAPIER, DES OBSTACLES SUR LE TERRAIN

Dans la salle, les témoignages viennent de s’enchaîner. Un silence court. Roger BLEOUE pose les mains à plat sur la table. Pour lui, ces récits ne sont pas des cas isolés : ils illustrent les limites du cadre légal ivoirien. La loi n°98-594 du 10 novembre 1998 d’orientation en faveur des personnes handicapées et la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par la Côte d’Ivoire, posent des principes clairs : égalité, non-discrimination, accessibilité, participation. Sur le papier, le pays dispose d’une base juridique. Dans la pratique, l’application reste inégale. ZATE Gueyoun Anderson hoche la tête. Lui qui a dû quitter l’Éducation nationale pour rejoindre les studios sait que l’inclusion ne s’arrête pas à la signature d’un contrat. Il faut adapter les postes, les transports, les bâtiments, les outils numériques. Il faut aussi sensibiliser les employeurs et les collègues. Sans cela, un recrutement peut se transformer en échec.

LES FEMMES HANDICAPEES, DOUBLEMENT DISCRIMINEES

De son côté, Aka Brou Joanna se penche légèrement. Selon elle, les femmes handicapées subissent souvent une double discrimination. Celles qui n’ont pas de diplôme restent les plus exposées à la pauvreté et à l’exclusion. Le fonds qu’elle réclame pour les femmes handicapées vulnérables répond à cette urgence sociale. «Il ne s’agit pas d’assistanat, mais d’un levier pour sortir de la dépendance et retrouver une place dans la vie économique», défend-elle.

LE ROLE CLE DES ASSOCIATIONS

Les associations jouent ici un rôle essentiel : plaidoyer, formation, orientation, veille juridique et soutien moral. Roger BLEOUE le répète : les personnes handicapées ne demandent pas seulement de l’aide, mais des droits. Et les cas de Zaté Gueyoun Anderson et Aka Brou Joanna le prouvent.

Le recrutement de 400 places est un signal positif, reconnaissent-ils. Il montre que l’État peut agir. ZATE Gueyoun Anderson incarne l’espoir : une place obtenue peut changer une vie. Mais elle ne suffit pas à répondre à l’ampleur des besoins.

Pour ces acteurs de terrain, l’espoir reste permis. Toutefois, l’employabilité des personnes handicapées ne décollera que si la société accepte de regarder la différence non comme une limite, mais comme une richesse.

Guy Irié

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