7 décembre 2025

GUINÉE-BISSAU : UN COUP D’ÉTAT AUX ZONES D’OMBRE ET UN CLIMAT POLITIQUE SOUS TENSION

Alors que l’armée affirme avoir renversé le président Umaro Sissoco Embaló pour « rétablir l’ordre », les observateurs contestent la version officielle et évoquent un contexte institutionnel fragilisé, marqué par des manipulations politiques et l’attente cruciale des résultats électoraux.

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Un nouveau coup de force dans un pays habitué aux crises

La Guinée-Bissau traverse une nouvelle zone de turbulences. Trois jours après les élections présidentielle et législatives, des militaires ont annoncé avoir pris le contrôle du pays, affirmant avoir « renversé » le chef de l’État Umaro Sissoco Embaló afin de « rétablir l’ordre ».
Le président a confirmé mercredi avoir été victime d’un coup d’État, tandis que de nombreuses questions demeurent sur le contexte et les motivations réelles de cette intervention militaire.

Un pays marqué par une longue histoire de coups d’État

Ce nouvel épisode s’inscrit dans une trajectoire politique instable : la Guinée-Bissau a déjà connu quatre coups d’État depuis son indépendance.
Dans la sous-région également, plusieurs voisins — Guinée, Mali, Burkina Faso, Niger — sont aujourd’hui dirigés par des juntes militaires.

Pour autant, le chercheur Vincent Foucher, spécialiste de la Guinée-Bissau, appelle à la prudence dans l’interprétation des événements, rappelant que le pays a aussi connu de nombreuses manipulations politiques.

« Il faut être prudent sur les accusations de coup d’État, car elles sont très politiques. La Guinée-Bissau a connu de vrais coups d’État mais aussi de véritables manipulations. » — Vincent Foucher, CNRS

Une crise qui survient en pleine attente des résultats électoraux

Le contexte politique rend l’événement encore plus sensible. Depuis son élection en 2019, Umaro Sissoco Embaló a été accusé d’avoir : affaibli la Cour suprême, dissous le Parlement, retardé la présidentielle pour la faire coïncider avec les législatives, et empêché la candidature de son principal rival, Domingos Simoes Pereira.

C’est la première fois que le PAIGC, parti historique de la libération, est exclu d’une élection nationale. Une décision qui a profondément bouleversé l’équilibre politique du pays.

L’armée invoque un plan de déstabilisation lié au narcotrafic

Pour justifier leur action, les militaires affirment avoir déjoué un « plan » impliquant des barons de la drogue souhaitant s’emparer du pouvoir.
Si la Guinée-Bissau est effectivement un hub du trafic de cocaïne vers l’Europe, Vincent Foucher rappelle que ces accusations sont difficiles à vérifier.

« Les militaires évoquent des barons de la drogue, mais c’est très vague : ils n’identifient personne. Comme pour les coup d’État, l’accusation de narcotrafic peut être instrumentalisée. »

Vers un « faux coup d’État » orchestré ?

Plusieurs acteurs de la société civile et une partie de l’opposition soupçonnent une mise en scène destinée à bloquer la publication des résultats prévus le lendemain.
Selon eux, ce « coup d’État » pourrait servir à prolonger le pouvoir en place, en contrôlant la transition et l’appareil sécuritaire.

Les prochains jours devraient apporter davantage de clarté. Les analystes recommandent d’observer attentivement :

  • la composition du régime militaire annoncé,
  • les alliances politiques qui se dessineront,
  • et les premières décisions post-crise, notamment la gestion des résultats électoraux.