8 octobre 2026

Sénégal : gaz, mines et agriculture au cœur du nouveau pari industriel du gouvernement

Le Sénégal veut faire du gaz, des mines et de l’agriculture les piliers d’une économie plus industrielle, à travers plusieurs projets structurants.

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DAKAR, 8 septembre 2026 – Le Sénégal veut franchir une nouvelle étape dans l’exploitation de ses ressources : ne plus se limiter à extraire et exporter des matières premières, mais les transformer localement pour alimenter l’industrie, créer des emplois et renforcer sa souveraineté économique.

Dans sa Déclaration de politique générale présentée ce mardi devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a placé le gaz, les ressources minières, l’agriculture et l’agro-industrie parmi les principaux leviers de la transformation économique du pays. Le chef du gouvernement a notamment dévoilé plusieurs projets qualifiés de « catalytiques », destinés à lever les blocages structurels qui ralentissent encore le développement du Sénégal.

Yakaar-Teranga, réseau gazier et pétrochimie : le pari énergétique

Le premier pilier de cette stratégie repose sur les ressources gazières.

Le gouvernement entend accélérer le développement du projet Yakaar-Teranga, considéré comme l’un des principaux actifs gaziers du pays. Sa première phase nécessiterait un investissement compris entre 5 et 10 milliards de dollars, selon le modèle technique et financier qui sera retenu à l’issue des études.

Au-delà de l’extraction, Dakar veut également mettre en place un Réseau gazier du Sénégal afin d’acheminer le gaz depuis les zones de production vers les centrales électriques et les installations industrielles.

La première phase du réseau devrait notamment relier les infrastructures du projet Grand Tortue Ahmeyim à la centrale électrique de Gandon. L’objectif est de faire du gaz une ressource directement utilisable par l’économie nationale, au lieu de concentrer la stratégie uniquement sur son exportation.

Un troisième chantier concerne le projet SAR 2, qui prévoit la modernisation des capacités de raffinage du pays et la création d’un complexe pétrochimique associé.

Cette initiative doit permettre au Sénégal de renforcer sa capacité à transformer les hydrocarbures, à produire davantage de dérivés pétroliers et à développer de nouvelles activités industrielles autour de la Société africaine de raffinage. Le projet avait déjà été présenté à des investisseurs dans le cadre de la recherche de partenariats techniques et financiers.

Le gisement gazier de Yakaar-Teranga, au Sénégal

Les hydrocarbures ont déjà modifié les exportations sénégalaises

L’entrée du Sénégal dans la production pétrolière et gazière commence déjà à transformer ses échanges extérieurs.

En 2025, les exportations du pays ont atteint 5 805,6 milliards de FCFA, contre 3 909,1 milliards un an plus tôt, soit une progression de 48,5 %. Cette hausse s’explique notamment par les ventes de pétrole brut, évaluées à 1 528 milliards de FCFA, ainsi que par les premières expéditions de gaz naturel liquéfié, qui ont généré près de 126 milliards de FCFA.

La montée en puissance des hydrocarbures a également contribué à réduire fortement le déficit commercial du pays, passé d’environ 3 103 milliards de FCFA en 2024 à 1 168 milliards en 2025.

Ces résultats montrent le potentiel financier du pétrole et du gaz. Mais ils renforcent aussi une interrogation essentielle : le Sénégal pourra-t-il utiliser ces recettes et cette énergie pour développer durablement ses autres secteurs productifs ?

Fer, phosphates et engrais : transformer les ressources minières sur place

Les mines constituent le deuxième pilier de la stratégie présentée par le Premier ministre.

Le gouvernement prévoit notamment de développer une filière autour du fer et de la métallurgie dans le Sud-Est du pays. Le projet doit s’appuyer sur un hub minier régional couvrant notamment Kédougou et la zone de la Falémé.

L’ambition ne consiste donc pas uniquement à extraire le minerai. Il s’agit également de développer des capacités de transformation métallurgique, des infrastructures logistiques et des activités industrielles capables de conserver une plus grande part de la valeur ajoutée sur le territoire sénégalais.

Les phosphates occupent également une place importante dans cette orientation.

Plusieurs projets sont envisagés dans les pôles Nord-Est et Diourbel-Louga, avec pour objectif de renforcer la production d’engrais et l’exploitation industrielle des ressources disponibles.

Le projet de phosphates et d’engrais de Matam devrait adopter une approche intégrée, combinant activité industrielle, recherche scientifique et formation universitaire. Le gouvernement veut ainsi rapprocher l’exploitation minière des compétences techniques nécessaires à son développement.

Cette articulation entre production, recherche et enseignement constitue un point stratégique. Sans ingénieurs, techniciens, laboratoires et entreprises locales suffisamment qualifiés, une grande partie des emplois spécialisés et des marchés industriels risquerait de rester inaccessible aux acteurs sénégalais.

L’agriculture doit devenir une véritable industrie

Le troisième moteur identifié par le gouvernement est l’agriculture, avec une volonté affichée de développer davantage la transformation agro-industrielle.

Une usine d’engrais azotés est notamment envisagée afin de couvrir une partie des besoins des producteurs sénégalais et d’approvisionner, à terme, d’autres marchés de la sous-région.

Le pays prévoit également de poursuivre le développement de trois agropoles dans les zones Nord, Ouest et Est. Ces infrastructures doivent rapprocher les bassins de production agricole des unités de stockage, de transformation, de conditionnement et de commercialisation.

Un projet agro-industriel de grande ampleur doit parallèlement être déployé sur une superficie pouvant atteindre 10 000 hectares.

À travers ces différents chantiers, le Sénégal cherche à dépasser une agriculture essentiellement centrée sur la production primaire. L’enjeu est de mieux transformer les récoltes, de réduire les pertes, d’améliorer l’accès aux marchés et de créer des emplois tout au long des chaînes de valeur.

Une économie encore trop dépendante de ses secteurs extractifs

La transformation économique ne pourra toutefois pas reposer uniquement sur les performances du pétrole, du gaz et des mines.

Selon le Fonds monétaire international, l’économie sénégalaise a enregistré une croissance de 6,7 % en 2025, portée par la première année complète de production pétrolière. Mais la croissance hors hydrocarbures a été nettement plus faible, à 2,2 %.

Cet écart montre que la progression du produit intérieur brut ne se traduit pas automatiquement par une accélération équivalente dans les secteurs employant la majorité de la population.

Le véritable enjeu consiste donc à utiliser les revenus, les infrastructures et l’énergie issus des industries extractives pour stimuler l’agriculture, les PME, les services, la transformation industrielle et l’emploi.

Autrement, le pays pourrait afficher de bons indicateurs de croissance sans que cette dynamique soit suffisamment ressentie par les ménages et les entreprises locales.