Un objectif ambitieux dans un climat incertain
La Banque africaine de développement (BAD) a ouvert, ce lundi 15 décembre à Londres, une conférence internationale de deux jours consacrée à la reconstitution des ressources du Fonds africain de développement (FAD). L’objectif affiché est clair : mobiliser 25 milliards de dollars pour financer, à des conditions préférentielles, les pays africains à faible revenu.
Cette ambition intervient toutefois dans un contexte géopolitique délicat. Plus tôt dans l’année, l’administration américaine a suspendu une contribution de 197 millions de dollars promise lors du précédent cycle de financement du FAD, suscitant de fortes interrogations sur l’engagement futur de Washington.
Le retrait américain fragilise l’équation financière
Si les États-Unis ont dépêché un représentant à Londres, aucune garantie n’a été donnée quant à un engagement financier ferme. Une situation préoccupante pour la BAD.
« Les partenaires actuels ne sont pas en mesure de combler entièrement le déficit de 560 millions de dollars qui subsisterait sans l’engagement des États-Unis », a reconnu Valerie Dabady, responsable de la mobilisation des ressources et des partenariats à la BAD.
Lors du précédent cycle, clôturé fin 2022, le FAD avait levé 8,9 milliards de dollars, les États-Unis représentant près de 7 % des contributions, aux côtés de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni et du Japon.
Ce retrait partiel s’inscrit dans une tendance plus large. En mai dernier, Washington a également réduit de 800 millions de dollars son soutien à l’Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale.
Le FAD, pilier du financement concessionnel en Afrique
Créé en 1972 et renouvelé tous les trois ans, le Fonds africain de développement est l’un des instruments financiers les plus stratégiques du continent. Il a mobilisé plus de 45 milliards de dollars en faveur de 37 pays africains à faible revenu, finançant des projets essentiels dans l’irrigation, les routes, l’énergie et l’accès à l’électricité.
Contrairement aux prêts classiques de la BAD, le FAD accorde des subventions et des prêts concessionnels, avec des maturités dépassant souvent 20 ans, offrant ainsi une bouffée d’oxygène à des États confrontés à un lourd endettement et à des marchés financiers de plus en plus contraignants.
L’Europe et l’Afrique tentent de compenser
Face aux incertitudes américaines, certains partenaires renforcent leur engagement. Le Danemark a annoncé une hausse de 40 % de sa contribution, atteignant environ 171 millions de dollars, tandis que la Norvège a promis une augmentation de près de 6 %.
Autre évolution notable : les États africains eux-mêmes s’engagent davantage. Le président kényan William Ruto a promis 20 millions de dollars, et d’autres pays comme le Bénin, le Ghana ou la Sierra Leone pourraient suivre.
La BAD travaille également à diversifier ses sources, avec l’objectif de lever 5 milliards de dollars par cycle sur les marchés financiers et de solliciter des fondations philanthropiques.
Un test de crédibilité pour la finance du développement
Basée à Abidjan, la BAD joue une partie décisive. La réussite de cette levée conditionnera la capacité du continent à financer ses priorités sociales et économiques à l’heure où l’aide internationale se fragmente.
Dans un environnement marqué par la montée des risques souverains et le resserrement des financements globaux, le FAD apparaît plus que jamais comme un outil central de stabilisation et de résilience pour l’Afrique.