14 décembre 2025

CÔTE D’IVOIRE : DES FEMMES DU BOUNKANI MOBILISÉES CONTRE LES MUTILATIONS GÉNITALES FÉMININES

Dans la région du Bounkani, des femmes survivantes des mutilations génitales féminines se forment et s’organisent pour briser le silence, protéger les jeunes filles et devenir des actrices du changement au sein de leurs communautés.

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Des femmes unies pour briser les tabous

Les 11 et 13 novembre 2025, huit groupes d’action communautaire (GAC) et quatre Espaces amis des femmes (EAF) du Bounkani ont participé à un atelier de formation visant à combattre les mutilations génitales féminines (MGF) et les violences basées sur le genre (VBG). Cette rencontre s’est tenue au district sanitaire de Bouna et à Doropo.

Pendant deux jours, ces femmes — mères, jeunes filles, survivantes — ont enfin pu mettre des mots sur des pratiques longtemps tues. Elles ont analysé les conséquences des MGF : douleurs chroniques, complications obstétricales, traumatismes psychologiques et poids du silence imposé par les traditions.

« Cette formation vise à autonomiser les femmes pour qu’elles s’approprient le problème, mettent fin au silence et élèvent leurs filles dans un environnement plus sûr. »
— Bleu Narcisse, chef du bureau régional de Caritas Côte d’Ivoire

Comprendre, prévenir, accompagner

Au-delà de la sensibilisation, les participantes ont été formées à des compétences pratiques, notamment :

  • repérer une fillette exposée au risque d’excision,
  • connaître les recours légaux,
  • orienter les survivantes vers des soins médicaux et un soutien psychologique.

Les GAC, acteurs essentiels de proximité, ont également été outillés en techniques de dialogue intergénérationnel, crucial dans une région où les croyances sur les MGF se transmettent depuis des générations.

« Les MGF sont une violation grave des droits fondamentaux et une source de souffrance physique et psychologique. »
— Bleu Narcisse

Un projet communautaire au cœur du changement

L’initiative s’inscrit dans le Projet Muskoka pour la santé de la femme et de l’enfant, mis en œuvre par Caritas Côte d’Ivoire avec l’appui d’ONU-Femmes et en partenariat avec les ministères en charge de la Santé, de la Protection sociale et de la Femme.

La stratégie repose sur l’autonomisation : les femmes formées deviennent des relais communautaires, des protectrices et des médiatrices au sein de leurs villages.

Faire des survivantes les porte-voix d’une nouvelle génération

Dans de nombreuses familles, l’excision demeure perçue comme une obligation culturelle. Certaines grand-mères reproduisent ce qu’elles ont subi ; des mères pensent protéger leurs filles pour leur avenir marital ; la communauté sanctionne les écarts à la norme.

L’objectif est donc de transformer ces dynamiques en donnant aux femmes les outils pour dire « stop ».

Un espoir pour les filles du Bounkani

Dans cette région, le changement prend racine dans les cercles de parole, au sein des GAC et des Espaces amis des femmes. Les survivantes deviennent les porte-voix d’une génération nouvelle, déterminée à protéger les fillettes et à mettre fin aux violences.

La mobilisation est en marche, et la voix des femmes du Bounkani s’élève désormais contre les mutilations génitales féminines.