Lorsqu’une opération de déguerpissement est annoncée, l’attention se porte généralement sur les habitations détruites et les familles déplacées. Pourtant, derrière chaque maison démolie se cache souvent une activité économique dont dépend la survie de plusieurs personnes.
Dans les quartiers concernés par les opérations de libération des emprises publiques et des zones à risque, une grande partie de l’économie locale repose sur de très petites entreprises. Boutiques de proximité, ateliers de couture, garages, salons de coiffure, points de restauration, commerces alimentaires, kiosques de services numériques ou encore points Mobile Money constituent le tissu économique quotidien de ces quartiers.
Selon plusieurs organisations professionnelles, les déguerpissements provoquent non seulement une perte de logement mais également une destruction immédiate du capital de travail de milliers d’entrepreneurs.
Une économie de proximité fortement impactée
Dans de nombreux cas, le domicile et l’entreprise ne font qu’un. Une cour familiale peut abriter simultanément un atelier de menuiserie, une activité de couture ou un commerce de détail.
Lorsque les engins interviennent, ce sont à la fois les infrastructures, les équipements et parfois les stocks qui disparaissent.
Cette situation entraîne une interruption brutale des revenus et fragilise davantage des activités déjà confrontées aux difficultés d’accès au financement.
Les chiffres d’un phénomène majeur
Le District Autonome d’Abidjan a recensé 176 sites à risque, dont 77 considérés comme critiques. Les opérations engagées concernent plusieurs dizaines de quartiers répartis dans différentes communes du Grand Abidjan.
Pour les organisations de défense des droits humains, des dizaines de milliers de personnes ont été affectées par ces opérations depuis 2024.
Derrière ces chiffres se trouvent également des milliers de microentreprises et d’activités informelles qui représentent une part importante de l’emploi urbain.
Un enjeu économique au-delà de l’urbanisme
Pour plusieurs économistes, la question ne se limite pas à l’aménagement urbain.
Elle pose également celle de la continuité économique des populations déplacées. Sans activité génératrice de revenus, les capacités de relogement et de reconstruction deviennent extrêmement limitées.
Les organisations patronales et les fédérations de PME plaident ainsi pour que les programmes de relogement intègrent également un volet de relance économique.
Accompagner la reconstruction
Au-delà des aides d’urgence, plusieurs experts suggèrent la mise en place de dispositifs spécifiques destinés aux très petites entreprises affectées.
L’accès à des espaces commerciaux aménagés, des facilités de crédit ou des programmes d’accompagnement entrepreneurial pourrait contribuer à limiter l’impact économique des déguerpissements.
Car reconstruire une ville ne consiste pas seulement à reconstruire des logements. Il s’agit aussi de préserver les activités qui permettent aux populations de vivre et de participer à l’économie locale.