9 septembre 2026

Gouvernance en Afrique : à Rabat, LEAD prépare une nouvelle génération de décideurs à l’ère du numérique

Réunis à Rabat, 35 décideurs publics de 23 pays africains ont travaillé sur la gouvernance, l’IA et les infrastructures numériques du continent.

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ABAT – Moderniser l’État, maîtriser les infrastructures numériques et mieux préparer les administrations africaines aux bouleversements liés à l’intelligence artificielle. C’est autour de ces enjeux que de jeunes décideurs publics africains se sont retrouvés, du 28 au 30 août 2026 à Rabat, dans le cadre de la deuxième promotion de LEAD, le programme panafricain porté par l’Africa CEO Forum.

Accueillie sur le campus de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), cette nouvelle cohorte a réuni 35 responsables publics venant de 23 pays africains, selon les informations publiées à l’issue de la rencontre. Ils interviennent dans des domaines aussi variés que les finances publiques, la dette souveraine, l’investissement, la santé, l’éducation, l’agriculture, l’identité numérique ou encore l’inclusion financière.

La rencontre, placée sous le thème « Policy Forward – Powering Africa’s Transformation », avait une ambition clairement affichée : aider une nouvelle génération de responsables africains à passer de la conception des politiques publiques à leur mise en œuvre effective.

Le numérique au cœur de la transformation de l’État

Parmi les sujets ayant occupé une place centrale figurent les infrastructures publiques numériques, souvent désignées par l’acronyme DPI.

Derrière cette notion se trouvent plusieurs outils devenus stratégiques pour le fonctionnement des États : identité numérique, systèmes de paiement interopérables, échanges sécurisés de données ou encore plateformes permettant aux citoyens d’accéder plus facilement aux services publics.

Pour les pays africains, l’enjeu dépasse désormais la simple numérisation des procédures administratives.

Il s’agit aussi de savoir qui contrôle les données, les technologies et les infrastructures sur lesquelles reposera l’État de demain.

La question de la souveraineté numérique s’est ainsi invitée au centre des travaux, avec une interrogation majeure : comment permettre à l’Afrique de profiter de l’accélération technologique mondiale sans rester uniquement consommatrice de solutions développées ailleurs ?

Les participants ont notamment travaillé sur les conditions nécessaires à une utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans les administrations publiques.

Une Afrique appelée à construire ses propres infrastructures numériques

Cette réflexion rejoint les conclusions d’un livre blanc développé dans le cadre de LEAD avec le Boston Consulting Group (BCG).

Le document met notamment en avant trois priorités : développer des infrastructures numériques communes, mutualiser certains investissements entre acteurs africains et privilégier des systèmes ouverts capables de communiquer entre eux.

Une approche qui pourrait devenir déterminante à mesure que les services publics africains se digitalisent.

Car derrière la transformation numérique se jouent également des questions très concrètes : accès aux prestations sociales, paiement des taxes, identification des citoyens, services financiers, santé, éducation ou encore gestion de certaines politiques agricoles.

L’enjeu consiste donc moins à multiplier les plateformes qu’à bâtir des systèmes fiables, accessibles et adaptés aux réalités du continent.

Des anciens dirigeants face aux décideurs de demain

Durant les trois jours de travaux, les participants ont alterné sessions collaboratives, échanges entre pairs et rencontres avec des responsables ayant exercé des fonctions de premier plan.

Parmi les intervenants annoncés figuraient notamment l’ancien chef du gouvernement tunisien Mehdi Jomaa, l’ancienne vice-présidente de la Banque mondiale pour l’Afrique Obiageli « Oby » Ezekwesili, le président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Serge Ekué, ainsi que l’ancien ministre colombien des Finances Mauricio Cárdenas.

L’objectif : confronter les futurs dirigeants publics à des expériences concrètes de réforme, y compris aux arbitrages et difficultés qui accompagnent leur mise en œuvre.

Le programme bénéficie également du soutien de plusieurs organisations et institutions, parmi lesquelles l’UM6P, la BOAD, la Banque africaine de développement, BCG, Asafo & Co, Africa Re, Arise Foundation et la Trade and Development Bank.

Construire un réseau de décideurs à l’échelle du continent

Au-delà des trois jours de formation à Rabat, LEAD cherche à construire une communauté durable de décideurs publics africains.

Le programme repose notamment sur trois axes : la modernisation de l’État, l’amélioration de la qualité du service public et le développement de la coopération entre gouvernements, institutions financières et secteur privé.

La première promotion comptait 36 participants issus de 24 pays. Selon les organisateurs, six d’entre eux ont connu, en moins d’un an, une évolution professionnelle importante : deux ont été nommés ministres, deux ont accédé à des fonctions stratégiques au sommet de l’État et deux autres à des postes de direction générale.

Un bilan mis en avant par LEAD pour illustrer la montée en puissance de ce réseau continental.

La communication précédant l’édition de Rabat annonçait initialement une deuxième promotion de 50 participants. Le bilan publié après le lancement de la cohorte fait cependant état de 35 décideurs provenant de 23 pays.

Transformer les administrations, pas seulement former des dirigeants

L’ambition de LEAD sera toutefois jugée au-delà des nominations et des parcours individuels.

Dans un continent où la transformation numérique progresse rapidement mais de façon très inégale, la question centrale reste celle de la capacité des administrations à transformer les enseignements de ces programmes en politiques publiques visibles pour les populations.

Une identité numérique devient réellement utile lorsqu’elle simplifie l’accès d’un citoyen à un service. Une infrastructure de données prend tout son sens lorsqu’elle améliore l’efficacité de l’administration. Et l’intelligence artificielle ne constituera une avancée pour l’État africain que si elle permet de résoudre des problèmes réels sans créer de nouvelles dépendances technologiques.