ABIDJAN – Plus de 8 500 sites illégaux démantelés en cinq ans, 4 474 personnes déférées et près de 136 kilogrammes d’or saisis. Face à un orpaillage clandestin qui résiste aux opérations de répression, le débat évolue en Côte d’Ivoire : faut-il uniquement durcir la lutte ou accélérer parallèlement la création d’une véritable filière artisanale légale ?
Le Groupement des artisans miniers de Côte d’Ivoire (GRAMCI) a choisi son camp. Dans une déclaration rendue publique le 28 août 2026 à Abidjan, l’organisation soutient la fermeté de l’État contre les exploitations clandestines, mais rejette l’idée d’un moratoire qui toucherait également les opérateurs légalement autorisés. Elle plaide plutôt pour une accélération de la formalisation et de la professionnalisation de la petite mine.
Une position défendue notamment par son premier vice-président, Eugène Malan, qui appelle à ne pas placer dans une même catégorie les exploitants clandestins et ceux qui exercent dans un cadre réglementé.
Une lutte qui a déjà mobilisé d’importants moyens
L’ampleur du phénomène apparaît dans le dernier bilan officiel présenté par le Conseil national de sécurité.
Entre 2021 et le premier semestre 2026, plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal ont été déguerpis sur le territoire ivoirien. Les opérations ont également conduit au défèrement de 4 474 personnes, dont 65 % d’étrangers, ainsi qu’à la saisie de plus de 960 millions de FCFA et d’environ 136 kilogrammes d’or.
Malgré ces résultats, les autorités reconnaissent que le phénomène persiste et tend même à s’étendre dans plusieurs parties du pays.
Pour l’État, les conséquences dépassent largement le secteur minier. L’exploitation clandestine affecte les ressources en eau, les terres agricoles et les écosystèmes, tout en posant des problèmes de sécurité et de contrôle des ressources économiques nationales.
Le gouvernement a progressivement renforcé son dispositif. Le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI), créé en 2021, intervient aux côtés d’autres structures de contrôle. En juillet 2025, les directions régionales et départementales des Mines ont également reçu 30 drones de surveillance destinés notamment à repérer les sites clandestins et à améliorer la cartographie des zones minières.
Pour le GRAMCI, réprimer ne suffira pas
Le GRAMCI ne remet pas en cause cette politique de fermeté.
L’organisation estime cependant que le démantèlement des sites clandestins doit être accompagné d’une solution économique permettant à une partie des acteurs de rejoindre le secteur formel.
Son raisonnement repose sur une distinction : d’un côté, les exploitations opérant hors de toute autorisation et échappant aux contrôles ; de l’autre, une petite mine légalement autorisée, soumise aux obligations fiscales, sociales, environnementales et de traçabilité.
La formalisation permettrait notamment d’identifier les exploitants, d’encadrer la commercialisation de l’or, d’améliorer les conditions de sécurité des travailleurs et de rendre une partie plus importante de la production visible pour l’administration.
Elle pourrait également permettre aux communautés installées dans les zones minières de bénéficier davantage des retombées économiques générées par cette activité.
Selon les données avancées par le GRAMCI, plus de 800 autorisations d’exploitation artisanale et semi-industrielle auraient été délivrées au cours des trois dernières années, un rythme que l’organisation souhaite voir accélérer.
Pourquoi le GRAMCI refuse un moratoire
C’est dans cette logique que le groupement s’oppose à un moratoire visant les entreprises minières déjà légalement autorisées.
Pour le GRAMCI, suspendre les opérateurs en règle pourrait créer un vide sans nécessairement faire disparaître les exploitations clandestines.
L’organisation s’appuie notamment sur la situation observée dans la région de la Mé. Des entreprises minières y avaient suspendu leurs activités en avril 2024 dans un contexte marqué par les tensions autour de l’orpaillage. Deux ans plus tard, selon le groupement, les exploitations clandestines continuent d’y poser problème.
Le GRAMCI en tire une conclusion : un moratoire touchant les activités légales ne constitue pas, à lui seul, une réponse à l’exploitation illégale.
Il préconise plutôt une combinaison entre contrôles renforcés, poursuite des réseaux clandestins, délivrance mieux encadrée des autorisations, création de coopératives et accès des exploitants légaux aux circuits officiels de commercialisation de l’or.